Plus d’un an de salaires impayés, des difficultés d’accès aux soins et un modèle économique fragilisé : le mouvement social des travailleurs de l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP) met en lumière les vulnérabilités persistantes d’un établissement public essentiel à l’information nationale.
Le 26 octobre 2026, environ 150 travailleurs de l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP) ont observé un sit-in d’une heure devant les locaux de l’institution à Bamako. À travers cette mobilisation, les agents réclament le paiement de leurs salaires, en souffrance depuis plus d’un an.
Le secrétaire général du comité syndical, Bassaro Haïdara, a dénoncé une situation devenue difficilement supportable pour les travailleurs. « Le loyer n’attend pas, la maladie n’attend pas, le salaire ne doit pas attendre », ont scandé les manifestants.
À ces retards de rémunération s’ajoute la suspension prolongée des prestations de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) pour plus de 120 agents, principalement des contractuels. Selon les revendications syndicales, ces travailleurs sont privés d’une couverture effective depuis plus de trois ans.
Après avoir sollicité les autorités de la Primature et du Conseil national de Transition, le comité syndical a été reçu par le ministre chargé du Travail et de la Fonction publique, Fassoun Coulibaly. Une réponse dans un délai d’une semaine aurait été promise. En attendant une solution concrète, le syndicat a annoncé des arrêts de travail chaque jeudi, ainsi qu’un préavis de grève et une éventuelle journée sans parution du quotidien national L’Essor.
Un financement qui interroge
Créée en 1979, l’AMAP regroupe plusieurs activités : l’agence de presse nationale, la régie publicitaire et l’édition de L’Essor, fondé en 1949. Son fonctionnement repose largement sur les subventions publiques, les annonces institutionnelles, les annonces légales et les abonnements administratifs.
Selon les données budgétaires citées dans le débat public, la subvention de l’État est passée de 815 millions de francs CFA en 2023 à 920 millions en 2025, pour un budget global de 2,46 milliards de francs CFA cette dernière année.
Cette progression ne semble pourtant pas avoir permis à l’établissement de faire face à ses obligations sociales. Une question centrale demeure : les crédits prévus ont-ils été effectivement décaissés et mis à la disposition de l’agence ?
En l’absence de données détaillées sur l’exécution budgétaire, il est difficile d’établir les causes précises des impayés. La situation soulève néanmoins la question de la prévisibilité du financement public et de la capacité de l’AMAP à développer des ressources propres suffisantes.
Une crise qui dépasse le Mali
Les difficultés de l’AMAP s’inscrivent dans une problématique plus large. Au Sénégal, l’Agence de presse sénégalaise (APS) a également souligné l’insuffisance de ses ressources face à l’évolution de ses besoins. En Côte d’Ivoire, l’Agence ivoirienne de presse (AIP) mise notamment sur la diversification de ses revenus.
Ces exemples illustrent les défis auxquels sont confrontées plusieurs agences publiques ouest-africaines : dépendance aux financements de l’État, concurrence des médias numériques et transformation du marché publicitaire.
Pour ces institutions, la question n’est plus seulement de préserver leur mission de service public, mais aussi de trouver un modèle économique capable de garantir leur continuité et de protéger les droits de leurs travailleurs.
Un enjeu social et institutionnel
La mobilisation des agents de l’AMAP intervient dans un contexte de contraintes budgétaires au Mali. Le Fonds monétaire international avait notamment anticipé un déficit public de 3,4 % du PIB en 2025. Toutefois, sans données spécifiques sur les comptes et les décaissements de l’agence, il serait hasardeux d’attribuer directement les impayés à la seule conjoncture économique.
Au-delà des considérations financières, cette crise pose un problème de gouvernance. Une institution chargée de produire et de diffuser l’information publique peut difficilement remplir durablement sa mission lorsque ses propres agents sont confrontés à une telle précarité.
Le fait que les travailleurs aient pu exprimer publiquement leurs revendications témoigne de l’existence d’un espace de contestation syndicale. Mais cette possibilité ne saurait remplacer une réponse concrète aux difficultés dénoncées.
L’urgence d’une solution durable
Le sit-in de l’AMAP révèle une contradiction préoccupante : les agents chargés de contribuer à l’information du public peinent eux-mêmes à obtenir le paiement régulier de leurs salaires et l’accès aux prestations sociales auxquelles ils ont droit.
La résolution de cette crise nécessite des mesures immédiates pour apurer les arriérés et rétablir les droits sociaux du personnel. À plus long terme, elle suppose une clarification des mécanismes de financement, un meilleur suivi de l’exécution budgétaire et une stratégie de diversification des recettes.
Sans engagements précis, assortis d’un calendrier vérifiable, les promesses de règlement risquent de ne pas suffire à restaurer la confiance des travailleurs. Pour l’AMAP, l’enjeu dépasse désormais le simple conflit social : il s’agit de préserver la crédibilité, la stabilité et la pérennité d’un pilier historique de la presse malienne.
H. Cissé


